Mercredi 23 juin 2010 3 23 /06 /Juin /2010 22:02

JAC0087"Je laisse l'énergie de chien battu pour laisser la place à l'homme qui se met debout." Telle est la phrase de conclusion d'un participant après 6 jours de stage sur le corps et la voix. Le dessin réalisé le premier jour, après une première exploration de la mise en résonance du corps avec la voix montre un corps aux contours ténus, ni pieds ni mains, le tronc coupé en blocs séparés, le dessin occupe le centre de la feuille avec beaucoup de blanc à l'extérieur et à l'intérieur. Ce participant s'exprime sur son manque de sensations corporelles. Au fil des jours, il prendra conscience d'un vide en lui et de la manière dont il s'est construit autour, il évoquera également son besoin de ne pas en faire trop "sinon ça me déborde".

 

Peu à peu, son péristaltisme s'ouvre; il peut entrer en contact avec son ressenti . Son souffle s'allonge, sa voix exprime de la puissance et se libère de plus en plus dans les tonalités graves. Il est touché par la tendresse des femmes présentes et peut s'ouvrir pour en être nourri. Sa force d'homme est reconnue et permet à une femme de se sentir portée par lui, dans une ouverture de coeur. A l'issue de cette rencontre il parle de "ciel étoilé". Son dessin de fin de stage est comme une fleur ou un soleil, qui rempli toute la page: un coeur jaune et des pétales/rayons multicolores.

D'entrée, ce vécu pose la question d'un processus psychothérapeutique qui ouvre sur une dimension transpersonnelle. Au long de cet article, je vais vous présenter différents éléments d'une démarche incluant le corps, la voix et le rythme. J'évoquerais tout à tour, l'intention et les concepts sur lesquels s'appuie une telle démarche, les processus mis en oeuvre, un questionnement sur thérapie et transe et pour conclure quelques éléments de réflexion sur le sens à donner à une telle démarche dans notre contexte actuel.

 

L'INTENTION ET LES CONCEPTS UTILISES

L'intention d'une telle proposition est d'aller réveiller l'énergie profonde en soi, de la nourrir et de la laisser s'épanouir vers l'extérieur tout en permettant aux trop-pleins de se vider, aux trop-vides de se nourrir. Il s'agit d'ouvrir un espace dans lequel la globalité de l'être est mise en jeu, dans ses dimensions physique, émotionnelle et spirituelle et dans ses aspects corporel, vocal et rythmique.

Cette démarche s'appuie sur les fondements de la biodynamique. Les outils spécifiques que sont le travail avec la voix et le rythme sont tout autant des moyens d'exploration intérieure que des moyens d'expression "dans le monde".

 

Parmi les concepts biodynamiques utilisés lors de ces sessions je retiendrais plus particulièrement:

Le cycle vasomoteur et le contact avec la personnalité primaire.

Dans cet espace alternent des moments d'intériorité afin de permettre de se recontacter dans son énergie profonde, dans son essence; et des moments d'extériorisation pour manifester dans le monde ce qui a été contacté.

Un premier cycle s'enclenche à partir de l'énergie présente: les tensions et/ou la fatigue se relâchent dans un expression vitale: mouvements, percussions, respiration et voix, suivie d'une première descente intérieure à l'aide de massage, rêve éveillé, exercices avec le corps et la voix.... De ce qui émerge s'enclenche un deuxième cycle: une expression dans le corps, la voix et le rythme de ce qui a été perçu lors de l'étape précédente suivi de nouveau d'un temps de relâchement et de récupération.

Au cours d'un atelier de 3 ou 4H, deux cycles sont parcourus, puis un temps de parole permet de donner du sens à l'expérience et de l'intégrer dans ses conceptions du monde.

Lors de sessions plus longues, les cycles se succèdent, permettant d'accéder chaque fois à d'autres strates de son être: libération du masque extérieur; expression des couches réactives de la personnalité secondaire, contact avec la personnalité primaire.

Dans l'accompagnement du processus, l'essentiel est de nourrir le vivant, le renforcer de manière à ce que l'expression des couches réactives laissent la place à cette force intérieure.

 

La mise en relation sensations-émotions-compréhension

Elle se réalise par l'alternance des séquences debout et au sol, par l'alternance de la mobilisation du moi-moteur et du moi-sensoriel, végétatif. Le moi-moteur est dans un expression "ici et maintenant": moments ludiques qui le renforcent, expression qui libère les affects réprimés ou encore création dans l'instant présent qui symbolise une qualité perçue dans son intériorité. L'entrée dans le végétatif va emmener dans des processus de régression et de réparation de l'histoire et/ou d'ouverture à des dimensions "spirituelles": "le ciel étoilé" et l'ouverture du coeur dont il est question dans l'introduction par exemple. Les échanges verbaux réguliers donnent sens au vécu du corps.

 

L'alternance entre l'expérience individuelle et collective.

Séquences d'exploration pour soi qui développent l'autonomie et l'accès au bien être indépendant, séquences d'explorations accompagnées à deux ou plus qui permettent d'être nourri et de nourrir l'autre en retour; moments d'expression individuelle qui renforcent l'affirmation de son identité propre; moments d'expression collective qui ouvrent à la relation à l'autre, dans une qualité de présence à soi. Tout autant de possibilités de mettre à jour les fonctionnements et dysfonctionnements de chacune et d'expérimenter de nouvelles manières d'être au monde plus en accord avec son être intérieur. Les moments d'expression collective, aboutissent parfois à des espaces de très grande qualité de présence, chaque personne est là, dans une individualité qui se fond dans une sorte d'unité, une dimension "océanique", notamment lors des cocons sonores ou des espaces de création collective.

 

 

 

LES PROCESSUS MIS EN OEUVRE

Deux éléments vont être de grande importance lors de ces "voyages": il s'agit du cadre et de la présence du rythme et des sons.

 

Un cadre sécurisant pour l'ouverture

Les règles de fonctionnement posées avec le groupe établissent une relation de confiance qui permet de se poser et au surmoi de lâcher: lâcher les jugements sur soi et ses propres interdictions. Dans cet espace structuré, c'est à dire qui tient, contient, assure la cohérence, peuvent s'exprimer sans danger la pulsation et la fluidité, tout comme les vieilles émotions refoulées.

La succession de ces phases emmènent dans un espace de présence et de jeu dans l'instant: "l'énergie blanche", c'est à dire cette qualité d'énergie qui se manifeste tout simplement dans l'ici et maintenant, sans être oblitérée ni par de vieilles crispations, ni par une anxiété à propos du futur..

Un autre aspect important de ce cadre est la limite que chaque personne peut poser pour elle-même à certains moments du processus afin de n'être pas débordée par ce qui se passe.

 

Le rythme et les sons

Ils sont présents tout au long des sessions sous différentes formes:

  1. Comme accompagnement extérieur du processus en cours

  2. Comme son propre accompagnement

  3. Comme accompagnement en soutien d'une personne dans un processus spécifique.

1. Accompagnement du processus en cours

Le tambour djembé par exemple va donner un rythme de base, un pulsation qui dans un premier temps entraîne le mouvement puis le soutient en s'adaptant à la qualité d'énergie qui émerge. Lié à une conscience des pieds sur le sol et du poids du corps, il permet un enracinement qui est à la fois ancrage à la terre et présence aux sensations du corps. Le tambour Zarb, plus léger crée un espace plus aérien dans lequel s'exprime la fluidité. Les cloches, cymbales et bols tibétains avec leurs sonorités aiguës et riches en harmoniques résonnent particulièrement au niveau de la tête, parfois à la limite du supportable, créant une vibration dans la cavité crânienne qui agit sur différents plans: sensation des vibrations dans les du crâne, réveil de l'émotionnel ou encore ouverture de perceptions énergétiques.

Le didjeridoo, instrument le plus simple qui soit: un tube creux, avec sa note fondamentale grave et ses harmoniques tisse un cocon sonore très sécurisant que j'utilise souvent en fin de séquence, dans les moment d'intégration et de retour.

2. Créer son propre accompagnement:

La voix à partir des différents exercices proposés met en vibration les différentes parties du corps, notamment les caisses de résonance: bassin, cage thoracique, gorge, cavités buccale et nasale, crâne. Sont également utilisés des rythmes et des sons générés par le souffle ou des frappes au sol ou sur son propre corps. Chaque personne crée son environnement sonore et vibratoire qui accompagne son propre processus. Les différents mondes sonores ainsi créés se font échos en harmonie ou en tension. Selon la manière dont sont vécues ces rencontres, l'histoire émerge, l'émotion ou la mémoire s'exprime dans la voix et le corps, un espace commun fluide forme comme un cocon sonore du groupe coloré, selon les moments, par différentes qualités: guérison, jeu, combat, exploration, cocooning...

3. Accompagnement en soutien d'une personne

Ce peut être un temps définit à l'avance où chaque personne va tour à tour accompagner et être accompagnée dans une exploration. L'accompagnante va utiliser sa propre voix ou autres sons pour soutenir le processus de l'autre, lui donner de l'ampleur ou le contenir ou le mener dans de nouveaux espaces, selon le besoin. Ces accompagnements mutuels se déroulent aussi bien dans des exercices d'exploration intérieure que dans des moments de création et d'expression.

Régulièrement, au cours des sessions, l'un ou l'autre participant contacte un état spécifique intense, de besoin d'expression comme le combat ou le cri ou le jeu, ce peut être également un état de régression dans un émotionnel douloureux, ou encore l'accès à une dimension d'ouverture jusque là inconnue...Le groupe, à ce moment là réuni en cercle va jouer un rôle très important de contenant: de l'espace physique par sa présence, de l'espace vibratoire par les sons qu'il va émettre: sons issus du corps et/ou sons issus d'instruments.

Pour compléter ces quelques observations, je voudrais vous faire part de ce que d'autres ont pu écrire à ce sujet. Selon certains auteurs ayant travaillé sur le sujet: "la fonction à la fois vocale et instrumentale de la musique est d'activer les différents centres de l'être humain. Ce n'est pas la perfection de la forme qui est en vue, la seule chose qui importe étant la circulation de l'énergie du son, la perception d'un rythme de base et la conscience des phénomènes vibratoires qui, intensifiés, sont seuls capables d'éliminer le niveau superficiel du moi." (G.ROUGET- Musique et transe)

F.Shott-Billman dans "Possession-danse et thérapie" énonce le rôle délicat des musiquants dans de tels processus, leur musique doit permettre tout autant à la personne de trouver une extériorisation kinesthésique et sonore à l'énergie, que de revenir en fin de "voyage" dans un état de conscience ordinaire. Les musiquants sont part entière du processus. L'écoute et la présence leur permet de saisir la qualité de l'instant et de l'exprimer au travers des divers instruments, dont la voix, dont ils disposent.

Pour reprendre le déroulement de sessions, une fois le cadre posé, des exercices préparatoires avec le corps, la voix, le rythme amènent à une "décristallisation" au sens quantique du terme: fonte de la cuirasse au sens reichien, cette "élimination du niveau superficiel du moi". Les limites habituelles du moi deviennent floues, ce qui favorise des états modifiés de conscience. C'est dans ces états que se manifeste l'inconscient, soit en terme de refoulement: abréaction émotionnelle, soit en terme de potentialité: images archétypales, sentiment "océanique", phénomènes vibratoires psycho-orgastiques. F.Shott-Billman considère ces passages par des figures archétypales comme une réaffirmation d'assises, de soubassements "psycho-archéologiques". C'est comme se ré-inscire dans une lignée "psychogénéalogique" qui remonte à la nuit des temps, aux formes les plus anciennes du vivant.

Cela ne va pas sans rappeler les passages du foetus au cours de son développement par les différentes phases de la phylogenèse. Comme si ces passages permettaient d'inscrire de manière plus consciente nos origines biologiques dans notre vie.

L'accompagnement de ces processus consiste à créer une espace afin de laisser la scène libre pour que le sujet retrouve et exprime les représentations qui l'habitent (F.Schott-Billman), un espace pour l'émergence de la parole duça (R.Bastide).

 

 

 

THÉRAPIE OU TRANSE?

 

R.Bastide nous met en garde contre les phénomènes de transe quand ils sont sortis du contexte rituel dans lesquels ils trouvent leur sens: "si l'on ne veut plus répéter les gestes des dieux, on ne cessera de répéter quand même quelquechose, mais on ne répétera alors que les traumatismes de son enfance".

Cette démarche nous emmène -ainsi que tout travail psychocorporel me semble-t-il- aux confins de la psyché, là où l'inconscient se dévoile et où une dimension psychotique de l'être peut émerger et demande à être contenue par le cadre, le rituel. Nous sommes là à la frontière entre thérapie et transe où encore au passage de l'histoire personnelle à l'ouverture au transpersonnel.

Je poursuis la présentation de cette démarche corps-voix rythme et du questionnement qu'elle engendre à partir d'un autre témoignage d'accompagnement, lors de séances individuelles.

"Une main de sorcière s'est emparée du côté gauche du bassin. Cette image, pour moi en lien avec la transmission des femmes, laisse présumer d'un nettoyage à faire dans ce lieu." Retour suite au "voyage" dont la proposition de départ était un massage en contact avec la structure osseuse suivi d'une attention portée à la résonance entre la vibration osseuse intérieure et le son extérieur. Il s'agit d'une ouverture vers une autre dimension qui au fil des séances mènera dans des espaces de régression: le" bébé scotché", seul au monde et au bord de l'anéantissement, espace qui rappelle "les trous noirs de la psyché" de F.Tustin. Une forme de maternage renoue le contact avec la pulsation de vie. Peu à peu se crée un espace: la relation se tisse en même temps qu'elle permet une expression au plus proche de soi- même: le Soi, au sens jungien du terme. De cette traversée surgit une gestuelle en lien avec les quatre directions cardinales, le ciel et la terre: une sorte de rituel s'invente ici et maintenant guidé par une écoute intérieure et non par une forme prédéterminée. Apparaissent ensuite le pantin désarticulé, le Condor blessé, autant d'images archétypales qui racontent sous forme symbolique l'histoire de la personne. L'accompagnement de ce processus oscille entre une guidance assez directive et une présence de type sage-femme qui délimite cet espace pour que "ça" se fasse sans se perdre. Le corps raconte son histoire: sa douleur, ce qui s'est figé dans le corps. Le passage par l'inertie est une sorte de petite mort en même temps qu'opportunité de réparation. Le trou noir se transforme en contact avec le vivant en soi et devient découverte du trésor caché. Arrive ensuite le retour à l'action qui n'est plus mouvement éclaté, sans contact avec les sensations du corps mais expression organique, végétative, de la pulsation vivante de la cellule. L'enfant, devenue adulte, se réapproprie son pouvoir de "dire" dans le monde et d'y construire sa place. Tel est le résumé très bref du voyage effectué par F. qu'elle décrit dans son mémoire de fin de formation.

Ce processus vient faire écho aux crises par lesquelles passent les chamans et autres sorciers et guérisseurs dans différentes cultures et traditions. Ces états seraient qualifiés de psychotiques selon les critères de la psychopathologie occidentale.

Qu'en est-il alors de ce type de pratique? Quel sens cela a-t-il, Est-ce emmener les personnes au confins de la psychose? Est-ce les travestir d'un vêtement rituel qui n'est pas adapté à leur contexte de vie?

L'un des constats tiré de l'observation décrite ci-dessus est que le travail avec le corps et les sons en même temps qu'il ouvre à des dimensions transpersonnelles fait émerger tout ce qui de l'histoire de la personne n'est pas intégré. Accompagner ce type de processus demande donc à se poser comme thérapeute avec la conscience des processus émotionnels qui peuvent surgir, la capacité à les accueillir et à ce qu'ils puissent prendre sens pour la personne. Quand quelqu'un entre dans une dimension transpersonnelle il est essentiel de capter ce dont il s'agit, de lui permettre revenir et d'assimiler cette expérience.

Jung, dans "Psychologie de l'inconscient" note l'importance de ne pas rattacher l'expérience d'images archétypales à des "images ou à un vocabulaire emprunté à des sources qui lui sont étrangères et par des conceptions, des idées ou des formes de perception éventuellement non-autochtones; n'ayant pas jaillis sur notre sol, car celles-ci ne sont pas en rapport avec notre sentiment mais tout au plus relié à notre intellect qui, ne les ayant pas engendrés, n'est même pas en état de les penser clairement". Selon lui, cette manière d'assimiler les expériences de l'inconscient les vide de leur sens vivant et "rend les êtres irréels, fantomatiques". Ce peut être une manière de "s'enfermer dans un monde édulcoré, où le réel et les tensions douloureuses des contrastes s'estompent". Toujours selon Jung, ces expériences archétypales demandent de "prendre individuellement forme dans la vie et l'oeuvre de celui qui les porte, sans succédanés, ni interprétations étrangères".

Une mise en garde et un défi qui se rapproche de la réflexion de F.Schott-Billman dans "Possession, danse et thérapie". Selon cette auteure, la transe est une technique qui amène au dévoilement de la vérité du désir de chaque personne. Les figures mythiques sont des figures du désir: généraux chamarrés, princes et princesses, héros victorieux, personnages superbes, dieux et déesses, fées et magiciens et de sa répression: sorciers et sorcières, démons, ogres, personnages malveillants...Ces figures sont un reflet de la réalité sociale: le mythe est un effet miroir pour la société: elle y jouit de son image et s'y structure. Le mythe insère l'être humain dans sa dimension cosmique: il donne sens au chaos apparent de l'univers en même temps qu'il est une forme de mémoire d'un peuple.

Le rituel de transe se présente comme un ensemble de pratiques qui, effectuées dans un cadre et avec des symboles convenables permettent "d'apprivoiser" le sacré en le rendant accessible, assimilable et, dans une certaine mesure manipulable par les "initiés".

A partir des images inconscientes qui émergent de ces pratiques, il appartient au thérapeute de créer l'espace dans lequel les personnes vont se constituer elles-mêmes des mythes qui leur correspondent et les servent dans leur vie quotidienne.

 

POUR CONCLURE...

 

Ce questionnement et ces observations s'adressent à ce qui ressort des pratiques de "développement personnel" et de thérapie tout autant que des pratiques de transe "sauvage", lors des raves-parties et autres "teufs" au cours desquelles se mélangent substances hallucinogènes et rythmes lancinants qui ont pour fonction de faire décoller d'un réel parfois insupportable.

Ce que Roger Caillois a nommé Ilinx(du grec: tourbillon d'eau) porte l'idée du tournoiement, de va et vient, de vol, de panique intérieure, créés soit artificiellement par l'ingestion de drogues psychotropes, soit au moyen de danses corporelles frénétiques. Cette forme d'étourdissement est constitutif du fonctionnement habituel de nombreuses sociétés et amène à l'extase, à la transe. Cet instinct de vertige a longtemps été associé à la Mimicry: au simulacre avec masque et déguisement et produisait ces danses rituelles qui pouvaient durer plusieurs nuits. Ces cérémonies rituelles avaient pour but de se concilier la faveur des forces invisibles. M. de Smedt et co dans "L'esprit des jeux" resitue la signification de telles expériences personnelles et collectives dans un contexte social et dans l'histoire de nos sociétés.

La dissociation au cours de l'histoire, des jeux de masques et déguisements et des vertiges marque une évolution et le passage vers un monde où règnent le mérite établit sur la compétition et le hasard et la naissance comme signes de chance. Aujourd'hui cette séparation se retrouve avec d'une part les phénomènes de vertiges que sont les jeux de hasards en tout genre, les activités physiques à fortes sensations et les fêtes foraines ou autres; d'autre part, le simulacre qui se retrouve dans les médias, la politique, l'économie, la culture...

Pour maintenir ce nouvel ordre, les jeux de masques et de vertiges sont séparés de la vie quotidienne, qu'elle soit religieuse, économique ou politique. Ils sont soumis à des dates fixes, prévues à l'avance et servent d'exutoire à l'énergie accumulées par les participants: "l'ampleur et la folie des fêtes les apparentent à une sorte de manifestation sacrée, une transgression rituelle qui brise le cours monotone des jours, contredit l'écoulement linéaire du temps, réintroduisant brutalement l'individu au sein du chaos originel. Ces débordements calment les esprits frondeurs, les individualités rebelles se fondent dans un embrasement collectif qui absorbe en quelques jours la violence accumulée par les pauvres et les esclaves." Ainsi en est-il des différents carnavals: Rio ou Florence, la grande fête annuelle de la ville de Bâle; ainsi en est il de Woodstock et des festivals de Berlin et Paris.

Les "raves-parties" contemporaines font entrer dans "un vertige qui manifeste le vide et le désarroi d'une société en crise, à la dérive. La fête est une activité subversive mettant en péril l'existence commune, elle ne postule point la survie des sociétés, elle est tête à tête avec la mort." Ce constat posé dans "L'esprit des jeux" montre l'importance voire l'urgence d'autres formes, à inventer -certaines déjà en cours de création- en quête d'un sens au-delà ou en-deçà du vide et du chaos apparents. Nouveaux rites au cours desquels l'appartenance de l'être humain au cosmos est réaffirmé ainsi que le lien social, tout ce qui tisse le sens de nos vies.

Le processus engagé dans les ateliers dont il est fait mention plus haut peut être interprété comme une manière, au sein d'un microcosme temporaire, de réconcilier le besoin d'expression refusé, refoulé dans nos sociétés très policées et le besoin d'être nourries de sens et par les sens, en retrouvant cette dimension océanique, ou libidinale ou orgonotique ou psycho-orgastique...(au choix!) en lien avec la pulsation de la vie.

 

 

Bibliographie:

Roger BASTIDE: Rêve-transe et folie

C.G.JUNG: Psychologie de l'inconscient

F.Rostand: mémoire de fin de formation: Une expérience du mouvement sur le chemin biodynamique

Gilbert ROUGET: Musique et transe

France SCHOTT-BILLMAN: Possession danse et thérapie

Marc de SMEDT: L'esprit des jeux

 

Marie Catherine MENOZZI

 

Par tamboursdelaconscience-etducoeur.over-blog.com

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